C’est le coeur qui lâche en dernier – Magaret Atwood

Se dire que cette lecture va être top, lire la première partie avec enthousiasme, voir son enthousiasme retomber, finir par lever les yeux au ciel d’un air désabusé… C’est ce qui vient de m’arriver avec C’est le coeur qui lâche en dernier. Avais-je trop d’attente ? Je ne connaissais Margaret Atwood que par la réputation qui la précède. Volontairement, j’avais choisi de ne pas aborder cette autrice par La servante écarlate, par peur justement d’être déçue. Et pourtant, me voilà devant toi, déçue et un peu désabusée, à me dire que le pitch de départ était génial et à me demander ce qui a foiré entre le début et la fin de ce roman si prometteur.

L’histoire

Le nouveau chef-d’oeuvre de Margaret Atwood, l’auteure de La Servante écarlate.
Stan et Charmaine ont été touchés de plein fouet par la crise économique qui consume les États-Unis. Tous deux survivent grâce aux maigres pourboires que gagne Charmaine dans un bar sordide et se voient contraints de loger dans leur voiture… Aussi, lorsqu’ils découvrent à la télévision une publicité pour une ville qui leur promet un toit au-dessus de leurs têtes, ils signent sans réfléchir : ils n’ont plus rien à perdre.
À Consilience, chacun a un travail, avec la satisfaction d’oeuvrer pour la communauté, et une maison. Un mois sur deux. Le reste du temps, les habitants le passent en prison… où ils sont également logés et nourris ! Le bonheur. Mais le système veut que pendant leur absence, un autre couple s’installe chez eux avant d’être incarcéré à son tour. Et Stan tombe bientôt sur un mot qui va le rendre fou de désir pour celle qui se glisse entre ses draps quand lui n’y est pas :  » Je suis affamée de toi.  »
Avec C’est le coeur qui lâche en dernier, Margaret Atwood nous livre un roman aussi hilarant qu’inquiétant, une implacable satire de nos vices et travers qui nous enferment dans de viles obsessions quand le monde entier est en passe de disparaître.

Mon avis

Le livre est une dystopie. Les USA sont ravagés par une crise économique d’une ampleur inédite ou seules quelques poches de prospérité subsistent. Stan et Charmaine ont perdu leurs emplois, puis leur maison et subsistent dans leur voiture en attendant des lendemains meilleurs qui ne viennent pas. Ils sont tellement fauchés qu’ils ne peuvent même pas payer l’essence pour partir vers une ville plus prospère.

En lisant la situation économique, les descriptions de l’environnement de Stan et Charmaine, j’avais des images de Detroit et du désastre économique qu’elle a subi qui me venaient à l’esprit. Forcément, comment ne pas voir un écho avec la situation actuelle ? Il est facile de s’imaginer ce type de futur à une échéance plus ou moins proche. Je suis donc facilement tombée en empathie pour Stan et Charmaine et leur situation désespérée. Aussi, lorsqu’il découvre l’existence de Consilience, une ville dans laquelle on leur promet un travail, un logement, une vie normale, j’ai parfaitement compris leur choix de signer et d’intégrer la ville sans trop se poser de questions. Je veux dire, on leur propose de passer de ça :

A ça :

Qui hésiterait longtemps ? Le désespoir et le besoin de répondre à ses besoins primaires de sécurité et de trouver abri et nourriture prime sur le raisonnement dans ces cas-là, non ?

Car c’est bien ce qui leur est offert. Il y a bien sûr une contrepartie : un mois sur deux, ils seront en prison, où ils exerceront une autre profession.

J’ai beaucoup aimé cette partie-là du roman. L’organisation de la vie à Consilience, les discours de ses fondateurs, m’ont irrésistiblement fait penser au système des kolkhozes en URSS. La notion de travailler pour le bien de la communauté apparaît comme une valeur essentielle. L’individu est incité à s’effacer devant la communauté montrée comme une unité indivisible. Les discours des fondateurs sur les records de production et les innovations qui participent au bien-être de tous ajoutent à ce sentiment. Mais à ce modèle soviétique vient s’ajouter la surveillance électronique moderne. L’individu est pisté dans tous ses faits et gestes, contrôlé, surveillé.

Bienveillante de prime abord, Consilience devient vite inquiétante et laisse transparaître des caractéristiques propres aux régimes autoritaires et dictatoriaux.

L’état psychologique de Stan et Charmaine pendant cette phase est intéressant en ce qu’il permet de comprendre comment chacun d’entre nous peut se retrouver sous la coupe d’un tel régime sans en avoir conscience. Le système crée à Consilience leur permet de répondre à nouveau à leurs besoins fondamentaux : sécurité, abri et ventre plein. A leur arrivée dans cette ville, tout le reste est secondaire. Quand la propagande est parfois trop évidente, ils ferment les yeux et minimisent les faits car ils ne veulent pas perdre cette sécurité. A travers Stan et Charmaine, la pyramide de Maslow prend tout son sens.

J’ai beaucoup aimé toute cette partie du livre, l’analyse sociologique et politique qui transparaît en filigrane.

Malheureusement, la deuxième moitié du livre voit le ton changer radicalement. Me voilà embarquée dans un film d’action de série B qui réussit le tour de force d’être à la fois glauque, abracadabrantesque et loufoque. Une suite si peu crédible que j’ai passé beaucoup de temps à lever les yeux au ciel en exprimant haut et fort mon désarroi et ma frustration.

mais oui bien sûr

Entre lâcheté et trahisons, les personnages et les situations virent dans un pathétique vaudeville. Quel dommage.

Je suis clairement restée sur ma faim et à l’issue de ma lecture, c’est la déception qui l’emporte. D’autant plus que la première partie montre tout le talent de l’autrice. Je n’abandonne toutefois pas l’idée de lire La Servante écarlate, car je reste persuadée du talent de l’autrice.

En bref : un livre inégal ou la fine observation des comportements humains le dispute à une malheureuse dérive en vaudeville loufoque. Il m’est très difficile de te donner un conseil de lecture tant j’ai apprécié certains éléments là où d’autres m’ont terriblement déçue.

14 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Maned Wolf dit :

    J’ai entendu des avis plus mitigés sur celui-ci ! J’ai seulement lu la Servante Ecarlate mais j’avais été plutôt embarquée… Peut-être que je ferais mieux de rester sur cette bonne impression 😉

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    1. Alec dit :

      C’est vraiment à toi de voir ! J’ai toujours envie de lire La servante écarlate, car il y a des éléments très intéressants dans celui-là 🙂 Mais c’est vrai que le changement de ton dans la deuxième partie m’a vraiment déplu.

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  2. Gaelle dit :

    Tu m’intrigues encore plus avec ce livre… Mais bon j’attendrai le poche à l’automne prochain par contre. En attendant je lirai la servante écarlate 🙂

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    1. Alec dit :

      Même si j’ai un avis mitigé sur ce livre, je continue d’avoir envie de lire La servante écarlate 🙂

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  3. Isa dit :

    Tu as au moins fait l’effort d’aller jusqu’au bout contrairement à moi 😁😁😁

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    1. Alec dit :

      Mais tu as pu bénéficier d’un super résumé ! 🙂

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      1. Isa dit :

        Oui!! 😂😂

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  4. Ce livre m’intrigue car j’ai lu beaucoup d’avis mitigés comme le tien!
    J’ai beaucoup aimé La Servante écarlate, alors vais-je risquer une déception? A voir!

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    1. Alec dit :

      Ca ne m’a pas enlevé l’envie de lire La servante écarlate car il y a de très bons éléments dans celui-là 🙂

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  5. J’ai bien aimé le changement de ton justement 🙂 Et j’imagine les villes exactement comme ça (quoique des maisons un peu plus modernes pour leur nouvelle vie).

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    1. Alec dit :

      J’ai trouvé ça trop caricatural mais je comprends. Pour ma représentation de Consilience je me suis faite avoir très clairement par les représentations télévisées de banlieues parfaites 🙂

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      1. Ah oui, ça c’est sûr, c’est hyper caricatural ! Ça passe ou ça casse.
        On est toujours influencé par ce qu’on voit 😉

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  6. Je n’ai jamais rien lu cet auteur, mais pour le coup, ta chronique me rend curieuse. Je te dirai à l’occasion l’effet que m’a fait ce livre 🙂

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    1. Alec dit :

      Je discuterai avec plaisir avec toi de ce livre 🙂

      J'aime

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