Je m’appelle Lotte et j’ai 8 ans – Anne B. Ragde

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De l’enfance ses sensations, sa douceur. De l’enfance ses tourments, ses malheurs, quand le monde des adultes vient y créer le chaos. Un livre doux-acide comme une tarte aux citrons, qui parle du besoin de sécurité des enfants et de l’absurdité du monde des adultes. Je m’appelle Lotte et j’ai 8 ans te raconte la destruction et la permanence, l’amour et la bêtise, les choses simples et bonnes, la résilience après le chaos.

L’histoire

La vie de Lotte, huit ans, s’écroule : ses parents divorcent, une honte dans la Norvège des années 1960. Divisée entre une mère inapte au bonheur et un père adoré qui lui échappe, rejetée par ses amies, étrangère à elle-même, elle retrouve un peu de sa joie l’été, dans la ferme de ses grands-parents, où dans l’ombre des non-dits et des secrets, elle tentera de se réinventer.

Dans ce premier roman en clair-obscur, tableau délicat d’une enfance entravée, Anne B. Ragde tisse un portrait psychologique sensible, vibrant de justesse. Bouleversant.

Mon avis

Te dire que j’ai aimé ce roman me semble faible. Je crois plutôt qu’il a résonné en moi. Il est entré en résonance avec mon histoire, comme fille de parents divorcés, mais aussi comme Maman qui observe la tendre relation de sa fille avec ses grands-parents. J’ai vu Lotte tantôt à travers mes yeux de petite fille, tantôt à travers mon regard d’adulte. Alors oui, ce roman m’a bouleversée, chamboulée, me faisant passer d’un sourire attendri aux larmes, de l’envie de protéger Lotte à celle de coller une raclée à son père et de secouer sa mère.

Car le naufrage de la vie du couple parental marque l’écroulement de l’univers de Lotte. Son père qu’elle adore et avec qui elle entretient une relation privilégiée commence à s’éloigner d’elle pour se consacrer à sa nouvelle compagne. Sa mère, rongée par l’amertume et la rancoeur, ne se remet pas de ce divorce et ne parvient pas à démarrer une nouvelle vie pour Lotte et elle. Comme si cela ne suffisait pas, elle se retrouve ostraciser à l’école et perd du jour au lendemain ses amies. Seule Marit, fille de divorcée elle aussi, accepte d’être son amie.

Au milieu de tout cela, ses grands-parents sont le seul élément qui demeure stable dans sa vie, et elle ne se tient plus de joie  à l’idée d’y passer deux mois de vacances. A la ferme, elle retrouve les sensations qu’elle aime : se rouler dans le foin, humer l’odeur de l’herbe coupée… et l’affection indéfectible de ses grands-parents. Mais le traumatisme vécu reste ancré en elle et la poursuit jusqu’à la ferme.

Lotte est terriblement attachante. Pendant ma lecture, j’avais envie de la prendre dans mes bras, de la rassurer. Sa relation avec sa grand-mère, pleine de complicité et d’amour, apparaît comme le pivot autour duquel elle peut essayer de se reconstruire. Cette relation privilégiée est très émouvante.

J’aime beaucoup la plume d’Anne B. Ragde qui n’a pas son pareil pour transcrire les émotions. Elle excelle dans l’art de disséquer avec acuité les liens familiaux, exposant sans pitié les zones de failles, les fractures. En exposant les lâchetés des uns et les maladresses des autres, elle dresse le portrait du traumatisme de Lotte. Elle met en évidence ce constat navrant, rageant : la candeur enfantine de Lotte, son insouciance propre à l’enfance ont été irrémédiablement piétinées par ses parents et leur entourage. Elle montre aussi la bêtise et l’inconséquence des adultes à travers leurs choix, ou leurs non choix.

Au-delà de ça, l’autrice dépeint également très bien les conséquences d’un divorce dans la Norvège des années 60 : l’exclusion sociale qui en découle, la difficulté pour la mère d’envisager de devenir autonome financièrement, la honte et l’opprobre que la situation génère.

Tu l’auras compris, c’est un livre puissant et fort, d’une sensibilité rare, que je te conseille absolument. Il entre dans la catégorie des livres à dévorer, à ne pas manquer.

Et pour finir, je te mets une photo de Gnomette et de sa grand-mère. Cette photo me trottait dans la tête tout le temps de ma lecture et résume à merveille je trouve, la complicité qui lie Lotte  sa grand-mère et son amour pour la nature.

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Ce livre concourt pour la Coupe des maisons

Item : Portoloin (un livre qui ne se déroule ni en France, ni aux USA, ni en Angleterre)

8 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Sev dit :

    idem, fille de parents divorcés et maman, ce genre de roman doit prendre aux tripes… les grands parents sont loin pour nous, donc créer du lien est d’autant plus difficile.. mais essentiel. Merci pour cette jolie découverte.

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    1. Alec dit :

      Oui, il remue clairement.
      Ici aussi les grands-parents sont loin. Gnomette y va en vacances un mois l’été et leur relation complice s’affirme de plus en plus 🙂

      Aimé par 1 personne

      1. Sev dit :

        Ah c’est super, ça! Ici je pense pas que ça se fera avant les 5 ou 6 ans, de la laisser aussi longtemps. 1. parce que d’un côté, y’à plus que le papy et il ne sait pas trop s’occuper d’enfants; 2. de l’autre y’a une mamie qui ne demande qu’à avoir sa petite fille, mais elle est à l’autre bout du monde :p Bref, en attendant, y’a Skype et l’avion (parents compris).

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      2. Alec dit :

        C’est sûr que les conditions ne sont pas vraiment réunies. Pour nous, c’était la première année qu’on la laissait aussi longtemps, mais ça lui a plu et elle veut recommencer 🙂

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  2. Ibidouu dit :

    J’ai lu mon premier roman d’Anne B. Ragde il y a quelques jours et j’avoue que je n’ai pas été transportée :/
    Cela dit je pense que c’est plus l’histoire que son écriture qui ne m’a pas plu et je tenterai bien celui-ci !

    Aimé par 1 personne

    1. Alec dit :

      Lequel as-tu lu ? C’est une autrice que j’aime beaucoup pour sa façon d’analyser les liens en particulier familiaux.

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      1. Ibidouu dit :

        J’ai lu « Je ferai de toi un homme heureux ». C’est vrai qu’elle analyse et décrit très bien les liens familiaux, mais je me suis ennuyée !

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      2. Alec dit :

        Oui, je l’ai lu aussi et sincèrement ce n’est pas mon préféré. J’ai par contre beaucoup aimé La ferme des Neshov 🙂

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