Marche à l’étoile – Hélène Montardre

Une étoile comme une ode à la liberté, à la dignité. Une étoile comme synonyme de beauté du monde, d’espoir, d’amour. Quand un homme n’a absolument rien, pas même le statut d’homme, quand la couleur de la peau détermine le degré d’humanité accordé à la personne, quand le seul espoir est la fuite, alors l’étoile apparaît comme la seule guide, réconfortante et maternelle, marraine et bonne fée. Marche à l’étoile raconte une histoire d’esclavage, d’héritage, de transmission. Un livre infiniment riche de sens, magnifiquement porteur de force et d’espérance. Un coup de coeur, encore, pour un livre que je vais longtemps porter en moi. Merci aux éditions Rageot et à NetGalley pour ce voyage riche d’émotions.

L’histoire

À 150 années de distance, un jeune esclave enfui d’une plantation du Sud des États-Unis et son descendant, un Américain d’aujourd’hui, entament une traversée. Des montagnes aux vastes plaines, des marécages aux grands fleuves, Billy marche sans répit, traqué par un chasseur d’esclaves. Son but, son étoile : conquérir sa liberté. D’une petite chambre new-yorkaise aux quartiers bourgeois de Bordeaux, Jasper avance dans les pas de son ancêtre. Sa quête : comprendre qui il est.

Mon avis

Ce livre appartient à la catégorie de ceux qui marquent leurs lecteurs profondément, car à travers une histoire d’esclavage, il transmet un message d’espoir, d’amour qui m’a beaucoup touchée.

Billy a 15 ans. Il est né esclave et son univers se borne à la plantation du maître auquel il appartient. Jusqu’au jour où tout bascule. Le lecteur le suit dans sa fuite éperdue vers le Nord, vers les états qui refusent l’esclavage. Tu n’imagines pas à quel point ce jeune homme est attachant. Pugnace, tenace, emplit d’humanité et d’une volonté rare, il m’a ému et je n’avais qu’une envie : l’aider dans sa fuite.

C’est d’ailleurs une des grandes forces de ce livre : très bien documenté, il nous parle finalement peu de l’esclavage en lui-même. Je m’explique : bien sûr, l’esclavage, le statut de l’esclave, la distinction opérée de facto entre blancs et noirs sur fond de racisme est bien sûr omniprésent, puisque c’est la toile de fond du roman. Mais ce qui est passionnant, c’est que l’auteure nous entraîne dans la fuite de Billy et nous permet de découvrir que tout un réseau existait pour venir en aide aux esclaves qui fuyaient et qui portait le nom « d’underground railroad ».

Cela m’a interrogée. Comme pour la seconde guerre mondiale, où chacun se dit qu’il aurait appartenu à la résistance, je ne suis demandée quel choix j’aurais fait. Aurais-je été de ces hommes et femmes qui prenaient des risques énormes pour aider les esclaves ? Où me serais-je tue par peur et lâcheté ?

J’avais un peu peur en commençant le livre, au vu de la quatrième de couverture, de me retrouver sur le rythme « un chapitre pour Billy, un chapitre pour Jasper », qui se retrouve beaucoup (trop) dans les livres actuellement. Que nenni, et c’est une excellente chose. L’histoire de Jasper, le descendant de Billy, constitue une sorte de seconde partie et vient combler les vides laissés par Billy dans son histoire. Non seulement le résultat est heureux, mais il donne l’occasion à l’auteur d’évoquer plusieurs thématiques : la transmission, l’histoire familiale, mais également le rapport que les Etats-Unis entretiennent avec cette période de leur histoire.

Et les Etats-Unis semblent assumer mal ce passé esclavagiste, puisque dans tous les USA, il n’y a qu’un seul musée consacré à l’esclavage, en Louisiane. Si il est facile de comprendre ce positionnement, cette volonté d’écarter les parties de l’histoire qui gênent (nous n’en sommes nous-mêmes pas exempts, tu en conviendras), à travers le regard de Jasper se dessine la quête identitaire et légitime de ces américains descendants d’esclaves et les conséquences de la négation historique étatique.

La thématique de la transmission de l’histoire familiale, du poids de l’héritage, est parfaitement exploitée à travers la quête de Jasper, montrée comme une nécessité préalable à la reprise de son chemin de vie.

Ma  note : 19/20 Tu l’auras compris, ce livre, je te le conseille bien sûr. C’est un livre à lire absolument, un indispensable.

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. v1r81 dit :

    Tout comme toi, j’ai beaucoup aimé ce roman! Au sujet de l’Underground Railroad, as-tu lu le roman de Colson Whitehead qui porte ce même nom? Je pense que je vais me laisser tenter.

    Aimé par 1 personne

    1. Alec dit :

      Non mais tu m’intrigues, je vais aller voir 🙂

      Aimé par 1 personne

  2. Très intéressant, merci pour la découverte 🙂 -Julie

    Aimé par 1 personne

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