Ne fais confiance à personne – Paul Cleave

Sombre comme un café noir et fort, tourmenté est tourmentant, Ne fais confiance à personne joue avec les peurs qui nous habitent profondément. Un thriller glaçant, terrifiant, qui t’absorbe tel un gouffre qu’aucun soleil ne saurait réchauffer. Un coup de coeur qui m’a valu quelques nuits blanches. Merci à Sonatine Editions et NetGalley pour cette lecture qui m’a totalement emballée.

L’histoire

Il y a pire que de tuer quelqu’un : ne pas savoir si on l’a tué.

Les auteurs de thrillers ne sont pas des personnes très fréquentables. Ils jouent du plaisir que nous avons à lire d’abominables histoires, de notre appétit pour des énigmes qui le plus souvent baignent dans le sang. Nous ne sommes pas très raisonnables. Ce jeu dangereux peut parfois prendre des proportions inquiétantes. Leurs ouvrages peuvent nous donner des idées regrettables, favoriser un passage à l’acte aux conséquences funestes. Eux les premiers, qui pensent connaître toutes les ficelles du crime parfait, ne sont pas à l’abri de faire de leurs fictions une réalité. Prenez par exemple Jerry Grey, ce célèbre romancier, qui ne sait plus très bien aujourd’hui où il en est. À force d’inventer des meurtres plus ingénieux les uns que les autres, n’aurait-il pas fini par succomber à la tentation ? Dans cette institution où on le traite pour un alzheimer précoce, Jerry réalise que la trame de son existence comporte quelques inquiétants trous noirs. Est-ce dans ses moments de lucidité ou dans ses moments de démence qu’il est persuadé d’avoir commis des crimes ? Quand la police commence à soupçonner les histoires de Jerry d’être inspirées de faits réels, l’étau commence à se resserrer. Mais, comme à son habitude, la vérité se révèlera bien différente et bien plus effroyable que ce que tous ont pu imaginer!

Entre Shutter Island (Dennis Lehane) et Un employé modèle, Paul Cleave signe sans conteste avec Ne fais confiance à personne son chef d’œuvre.

Paul Cleave est né à Christchurch, Nouvelle-Zélande, en 1974. Ne fais confiance à personne est son sixième roman publié chez Sonatine Éditions.

Mon avis

Tout le pitch pourrait se résumer à « Tiens, que se passerait-il si un célèbre auteur de polars développait un Alzheimer précoce ? » C’est ce qui arrive à Jerry Grey, 49 ans, célèbre auteur plus connu sous le nom de plume de Henry Cutter. La maladie commence insidieusement. Le diagnostic posé, Jerry décide de tenir un Carnet de la folie, dans lequel il veut consigner qui il est, ce qu’il fait, et qui lui servira d’aide-mémoire lorsqu’il aura oublié. Oublié quoi ? Rien, tout, le futile et l’essentiel, l’accessoire et le principal. Qui il était, qui il est.

Mais voilà que Jerry se met à avouer des meurtres qui correspondent mot pour mot à ses livres. Confusion ? Réalité ? Jerry est-il un meurtrier ? Il décide alors dans ses phases de lucidité d’enquêter pour retrouver son passé et découvrir qui il a été.

La maladie d’Alzheimer est certainement celle qui me terrifie le plus. Il m’est insupportable de m’imaginer que peut-être, un jour, j’oublierais qui je suis, qui j’ai été et plus largement mes proches, mon enfant, mon mari. C’est inconcevable, c’est ma peur absolue. Et je dois dire que Paul Cleave joue terriblement bien de cette peur. Son personnage, Jerry Grey, est attachant. Sa façon d’essayer de défier la maladie en consignant ses souvenirs, de lutter contre l’inéluctable, est poignante. Je me suis prise à espérer avec lui qu’il y ait une erreur de diagnostic, que ce ne soit qu’une farce sinistre. Rien que pour cela, ce roman est une grande réussite.

Mais Jerry Grey est auteur de romans policiers, et dans la confusion suscité par la maladie, il se met à avouer des meurtres, ceux qu’il a écrit. Lorsque des crimes réels ressemblant aux histoires de Jerry sont commis, l’impensable devient une option : Jerry est peut-être un meurtrier. La détresse de Jerry face à cette possibilité est bouleversante. Car ses souvenirs épars ne lui permettent pas d’apporter une réponse définitive à cette question. Sa façon d’enquêter, sans l’a priori de l’innocence, crée un suspense oppressant, faisant du livre un véritable page-turner.

Ma note : 18/20 Un excellent polar, oppressant et terrifiant, qui tient en haleine tout en abordant avec brio la maladie d’Alzheimer et ses conséquences. Ne fais confiance à personne est un excellent polar, une des bonnes surprises de cette rentrée littéraire.

9 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Maned Wolf dit :

    Ca a l’air TROP BIEN. De toute façon c’est Sonatine, et puis j’ai un bon souvenir de « Nécrologie » du même auteur 🙂 C’est sûr que je l’achèterai ! (Pas tout de suite, parce que les Sonatine c’est fichtrement cher.. mais un jour !)

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    1. Alec dit :

      Il est trop bien ! On en discutera quand tu le liras 😉

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  2. Diablement alléchant ! Chronique efficace, merci !

    Aimé par 1 personne

  3. Super chronique, ça donne envie! Même si Alzheimer me terrifie également, ma grand-mère maternelle a vécu cela et, bien que je ne l’ai pas connu, j’ai vu la détresse de mon père face à cette situation…
    Je note ce thriller, merci! 🙂

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    1. Alec dit :

      Merci ! Je lirai ta chronique avec plaisir !

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  4. oOOOOOoooh je note DIRECT ! Ça l’air génial (et je te fais confiance :p)

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    1. Alec dit :

      Merci 😘 Oui, il est génial ! Tu vas te régaler !

      Aimé par 1 personne

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