Dis-moi que tu mens – Sabine Durrant

Je remercie les éditions Préludes et NetGalley pour cette découverte.

Un écrivain raté, un groupe d’amis bourgeois, la touffeur accablante de l’été grec, le décor est planté. Il y a du Claude Chabrol dans ce roman psychologique où machiavélisme et hypocrisie jouent un jeu fatal.

L’histoire

Tout commence par un mensonge. De ceux qu’on fait tous pour impressionner une vieille connaissance. L’histoire de votre vie, légèrement embellie, face à cet avocat brillant, époux et père comblé, que vous avez croisé par hasard. Puis, sans savoir comment, vous vous retrouvez à dîner chez lui, à accepter une invitation en vacances, propulsé dans une vie de rêves, celle à laquelle vous avez toujours aspiré. Jusqu’à ce que cette vie ne semble plus si idyllique. Mais vous êtes déjà pris au piège, transpirant sous l’impitoyable soleil de Grèce, brûlant d’échapper à la tension ambiante. Alors vous comprenez que, si douloureuse la vérité soit-elle, ce sont vos mensonges qui ont causé le plus de tort. Et, à ce moment-là, il est déjà trop tard. L ‘auteur de Ce que tu veux revient avec un nouveau thriller remarquable, un huis clos où le héros court sans le savoir vers son destin et son inéluctable chute. Dis-moi que tu mens ménage avec maestria une tension constante. L’auteur signe aussi là une satire incisive : elle cerne ce monde bourgeois dysfonctionnel avec une finesse désopilante.

Mon avis

Paul Morris, personnage principal et narrateur, est, disons-le tout net, un loser. Ecrivain raté, trentenaire lubrique, il n’envisage les rapports aux autres qu’en terme d’opportunité. Condescendant, orgueilleux, profiteur, il est le prototype du type imbuvable. Un anti-héros désagréable et minable.

Alors Paul, conscient de sa médiocrité, ment pour embellir la réalité auprès d’anciens amis d’université. Amis qui ont tous réussi socialement et professionnellement leurs vies, et qui sont devenus des bourgeois bien établis.

Bien sûr il les déteste et les méprise, mais envisage immédiatement les bénéfices qu’il peur retirer d’un rapprochement avec ces amis perdus de vue. Lorsque l’invitation à les accompagner en vacances en Grèce arrive, Paul pense sa situation enfin rétablie.

Si tu attends un roman plein d’action et de rebondissements, passe ton chemin. L’autrice nous offre un roman au rythment lent, axé sur la psychologie des personnages et leurs interactions sociales. Et c’est fascinant.

Une fois dressé le portrait de l’odieux personnage qu’est Paul, Sabine Durrant s’attaque à ses amis, et c’est saignant. Grattant le vernis social, elle décrit les bassesses, les jeux sociaux qui cantonnent chacun d’entre eux à un rôle social précis et immuable : le pater familias, la veuve, l’épouse et mère, … L’autrice déroule les amitiés troubles, les lignes de failles. Elle s’attarde sur obligations les contractées, les alliances inavouables.

La chaleur touffue de la Grèce, qui ralentit les gestes, invite au repos et à baisser sa garde, souligne encore les codes qui régissent le groupe, et révèle en filigrane l’impensable, une machination inéluctable aux rouages terribles et bien huilés.

Le huis-clos parachève cette sensation d’étouffement et de situation inextricable, scellant définitivement le destin des personnages.

Difficile de t’en dire plus sans te spoiler. Pour finir, j’ai apprécié cette lecture qui porte un regard sans concession sur les jeux de rôles que nous sommes tous amenés à jouer parfois.

Ma note : 16/20. Un roman parfait pour l’été, à lire au bord de la piscine.

 

6 commentaires Ajouter un commentaire

  1. ça pourrait tout à fait me plaire ! Je note ! Tu as lu le premier de l’autrice ? Je crois l’avoir dans ma pal numérique…

    Aimé par 1 personne

    1. Alec dit :

      J’ai découvert l’autrice avec ce livre. Je pense que je lirais le premier car j’ai trouvé celui-ci vraiment bien, tout en ambiance et en tension psychologique.

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  2. Ibidouu dit :

    Je l’ai reçu via Netgalley aussi, il faut que je m’y mette !
    Au tout début de ta chronique je me suis dit *oh mon dieu, je vais détester* mais en fait.. Je crois que je pourrais bien être agréablement surprise ! Suite au prochain épisode 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Alec dit :

      C’est quitte ou double je pense. Si tu aimes les livré qui reposent sur l’ambiance et la tension psychologique, ça devrait te plaire 🙂

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      1. Ibidouu dit :

        Je ne suis pas bien difficile 🙂 Enfin quoique..

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  3. Alec dit :

    J’ai hâte de savoir ce y tu en as pensé 🙂

    J'aime

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