Fairyland – Alysia Abbott

Il est des livres justes. Des livres sans concession et pourtant magnifiques de tendresse, où l’amour perce sous chaque mot, sans ostentation, avec cette délicatesse que rien ne saurait cacher ou altérer.

Fairyland est de ces livres, précieux par le témoignage qu’il nous apporte, juste dans le ton et l’éclairage qu’il donne sur un moment de l’histoire.

L’histoire

1974. A la mort de sa femme, Steve Abbott, poète homosexuel, s’installe à San Francisco avec sa fille de deux ans. Au coeur du Haight-Ashbury hippie, de la scène Beat et de la communauté gay militante, il rejoint une génération décidée à tout vivre. Alysia raconte : son enfance, la bohème, ce père aimant, à part, sa propre quête identitaire aussi. Une féerie, bientôt rongée par le sida… Un magnifique portrait en miroir, d’une tendresse et d’une force inouïes – entre intime et collectif, leçon d’amour(s) et témoignage engagé, tombeau littéraire et ode à la vie.

Mon avis

Alysia nous plonge dans la communauté gay et bohème de San Francisco, du milieu des années 70 à 1994, et nous restitue la vie foisonnante, littéraire et libre de ces hommes bercés par l’influence New Age, à la recherche du bonheur à travers le développement de soi et l’accomplissement de leurs rêves. Au-delà de la relation père-fille qu’elle s’attache à dépeindre et analyser, elle se pose en témoin de cette époque charnière pour la communauté gay, entre lutte pour la reconnaissance de leurs droits et apparition du sida qui se traduira, en particulier à San Francisco, par une véritable hécatombe. Elle raconte ses hommes, jeunes, artistes talentueux, qui faisaient partie de son quotidien, soudainement fauchés à la fleur de l’âge, laissant des pans entiers de la culture de la Beat Generation à l’abandon.

Surtout, Alysia raconte sa relation avec son père qui l’a élevée seul. Avec amour, par touche, elle esquisse le portrait d’un homme qui se heurtait au dilemme d’être présent pour sa fille tout en s’accomplissant en tant qu’individu. Elle dit ses échecs de père, lucidement, affectueusement. Elle dit aussi sa lutte pour l’élever du mieux qu’il pouvait et à quel point toute sa vie a été influencée par cette relation fondamentale. Le lecteur le voit à travers ses yeux de petite fille en demande incessante, d’adolescente en colère, puis de jeune adulte occupée à construire sa vie. Alysia dissèque également son impression d’avoir échouer à accompagner son père dans la maladie. Et le schéma d’une relation parallèle et inversée se met en place : de la petite fille qui avait immensément besoin de son père, au père ayant désespérément besoin de sa fille, en passant par le choc de l’adolescence. Simplement, tendrement, elle analyse ce besoin impossible à combler entièrement car exclusif, quand l’autre doit aussi se réaliser. Les regrets affleurent, jamais énoncés, comme autant de rendez-vous manqués, une absence que rien ne peut combler.

Je n’ai pu que m’attacher à Steve et Alysia, ce couple père-fille imparfait mais somme toute heureux, soudé par cet amour inconditionnel que les parents peuvent donner à leurs enfants et que parfois, les enfants ont pour leurs parents.

La délicatesse de la plume de l’auteur, sa sincérité apaisée, font un livre émouvant, tendre et lucide, tant sur le père d’Alysia que sur cette génération sacrifiée de la communauté gay.

Ce livre m’a bouleversée, chamboulée, j’ai même pleuré, ce qui est assez rare pour être souligné. Car la grande force d’Alysia est qu’elle ne juge jamais son père et ce qu’elle nous livre avant tout ici, c’est l’amour que son père lui a laissé en héritage.

Ma note : 18/20. J’ai beaucoup aimé ce livre et je le recommande.

13 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Maned Wolf dit :

    Ca a l’air très, très beau ! Je le note immédiatement… Je te donnerai des nouvelles 🙂

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    1. Alec dit :

      Oui ! Avec plaisir ! Je serai heureuse de lire ton ressenti 🙂

      Aimé par 1 personne

  2. Ibidouu dit :

    Il a l’air vraiment très intéressant ce roman, chargé en émotions ! Je l’avais déjà repéré mais tu m’as encore plus donné envie de le lire *-*

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    1. Alec dit :

      Super ! J’espère qu’il te plaira autant qu’à moi !

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  3. Folavril dit :

    Tu me donnes envie de découvrir ce roman! Tu as lu Les Chroniques de San Francisco?

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    1. Alec dit :

      Seulement le premier tome, il faudrait que je prenne le temps de lire les autres ! Surtout que j’avais apprécié ma lecture 🙂

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      1. Folavril dit :

        Les autres tomes sont aussi bien! 😉

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      2. Alec dit :

        Alors je les ajoute à ma wishlist !

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  4. Mazette ! A ce point-là ?! Je l’ajoute direct à la WL 😀

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    1. Alec dit :

      Oui, oui ! A ce point là 😉

      J'aime

  5. Je note. Je viens de finir la route de Kerouac et je suis encore nostalgique de la littérature américaine !

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    1. Alec dit :

      Je n’ai pas lu sur la route. Il fait partie de ses livres que je dois lire 🙂 J’espère que Fairyland te plaira !

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