Tels des loups affamés – Ian Rankin

Ca fait longtemps que je ne vous avais pas parlé de Ian Rankin et de son inspecteur John Rebus, non ? Non ! Bah tant pis ! C’est reparti pour un tour ! Dans les derniers épisodes, John Rebus, inspecteur écossais pur jus qui parcourt inlassablement Edimbourg à la recherche des malfrats, était parti à la retraite puis avait été réintégré à la faveur d’une modification de la loi écossaise relative à la limite d’âge des policiers. Il est désormais retraité, consultant extérieur pour la police d’Edimbourg. On sentait bien que Rankin répugnait à se séparer de son inspecteur à cause d’une bête limite d’âge. Il dit d’ailleurs de sa relation à Rebus et plus largement au polar : « Le roman noir permet d’aborder des questions politiques, économiques ou de société, c’est ce que j’aime, je crois. Mais si, au milieu de mes différents romans, je reviens régulièrement à l’inspecteur Rebus, c’est qu’il est pour moi une façon de parler d’Edimbourg. Ville fascinante, ville qui a plein de strates, plein de couches différentes. » (Le Monde 12-08-13) Et c’est bien ce qui est fascinant dans les enquêtes de l’inspecteur Rebus, qui suivent au fil des ans l’actualité politique écossaise, et dans lesquels on se demande toujours qui est le plus pourri : caïds dominant la pègre édimbourgeoise ou élite protégée par son pouvoir et son entre-soi.

L’histoire

John Rebus n’est plus flic. Mais il n’est décidément pas fait pour la retraite. S’inscrire à la bibliothèque ou redonner un coup de neuf à son appartement, très peu pour lui. Alors, quand Siobhan Clarke lui demande de l’aide, Rebus saute sur l’occasion d’être à nouveau en première ligne.

Clarke enquête sur la mort d’un juge célèbre, Lord Minton, retrouvé étranglé chez lui. Le même jour, Big Ger Cafferty a reçu une lettre de menaces et échappé à une tentative de meurtre. Pourtant, ce dernier refuse d’être interrogé par la police. Seul John Rebus, son éternel adversaire et plus vieil ennemi, pourra faire parler le caïd d’Edimbourg.

Entretemps, Malcolm Fox, du service des Plaintes, a rejoint une opération secrète surveillant une famille de criminels de Glasgow en route pour Edimbourg. Seraient-ils responsables de l’attaque brutale contre Cafferty ? Ou d’autres rapports de force plus sinistres encore entrent-ils en jeu ? Rebus, Clarke et Fox craignent le pire et cherchent à arrêter le tueur avant qu’il ne frappe à nouveau, et que le monde criminel écossais implose.

A Edimbourg, quand les loups affamés s’affrontent, il faut bien choisir sa meute.

Mon avis

John Rebus et Big Ger Cafferty, le vieux couple flic / caïd, les deux meilleurs ennemis, se retrouvent une nouvelle fois. A une différence près : Cafferty appelle Rebus à la rescousse et c’est main dans la main qu’ils vont résoudre la tentative de meurtre dont Cafferty a été victime.

Et cette enquête a comme un goût de chant de cygne, ou de passage de témoin.

« – Félicitations.

_ Il est un peu tôt pour ça.

_ Mais vous progressez, vous leur montrez un truc ou deux, aux petits jeunes.

_ Sauf que ça fait le même effet que la fin d’une chanson trop longue – Des hommes comme Cafferty et Joe Stark… et aussi moi, tant qu’on y est… nous sommes tous au bout de la ligne droite. Notre façons de faire semble… je ne sais pas. »

Rankin semble avoir cherché à ne pas donner la prépondérance à Rebus mais au contraire à équilibrer le poids des personnages, tant côté flics que caïds d’ailleurs. Si Rebus reste bien présent, Malcolm Fox et Siobhan Clarke  ne peuvent pas être qualifiés de personnages secondaires. Même chose avec Cafferty, dont le territoire commence à glisser sous la coupe de Darryl Christie que Rankin nous avait présenté dans de précédentes enquêtes.

C’est le crépuscule des Dieux et je ne vous cache pas que les amoureux de Rebus ressentiront sûrement une pointe de mélancolie, de nostalgie à la lecture du livre. Un nouveau tandem semble émerger avec le duo Fox / Christie, une nouvelle époque en accord avec la énième réforme de la police écossaise.

Deux enquêtes parallèles. Des points communs. Pourtant l’une de ces enquêtes nous parle de l’Edimbourg actuelle et de la reconfiguration à la fois de la police et de la pègre locale, quand l’autre nous renvoie dans le passé glauque de l’Edimbourg de l’élite au pouvoir.

Si vous ne connaissez pas encore l’Inspecteur Rebus, vous vous régalerez à le suivre dans les rues d’Edimbourg, Princes street, New Town, à ‘accompagner à l’Oxford Bar, sa tanière, et à le regarder démêler les fils d’une enquête avec ses manières peu orthodoxes, et sa relation à Big Ger Cafferty. Les mobiles se dévoilent peu à peu tout en préservant l’identité des coupables jusqu’aux dernières pages.

Pour moi, c’est la mélancolie qui a dominé ma lecture. Il faut dire que depuis Exit Music où Rebus partait à la retraite une première fois, j’ai l’impression qu’il nous fait ses adieux à chaque nouvelle enquête, me donnant chaque fois le sentiment que je ne reverrai plus ce vieil ami qui m’accompagne depuis maintenant 13 ans.

Ma note : 17/20

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